L’éducation peut être définie comme l’action qui consiste à apprendre, à former et surtout à développer des aptitudes intellectuelle, physiques et morales. Certains auteurs comme Emile Durkheim définissent l’éducation comme une « socialisation méthodique pour la jeune génération ».

Les économistes quant à eux, abordent la question d’éducation sous la forme de capital humain. La théorie du capital humain a été fondée à partir des années 50 par Theodore Schultz (Prix Nobel 1979), Gary Becker (Prix Nobel 1992) et Jacob Mincer. Cette théorie appréhende l’éducation comme un capital qui lorsqu’accumulé permet au détenteur accroître sa productivité et par conséquent son revenu.

En plus de ses vertus économiques sur les détenteurs du capital humain, l’éducation a des externalités positives sur la croissance économique, le développement, la santé, la préservation de l’environnement et la stabilité politique.

Dans cet article, j’expliquerai de manière succincte les raisons pour lesquelles il faut accroître les investissements dans l’éducation en Afrique et partout dans le monde. Plus tard, dans notre rubrique éducation, on approfondira les liens entre l’éducation et les autres compartiments de la vie d’une nation.

Tout d’abord, l’éducation est un droit fondamental inscrit dans la DÉCLARATION UNIVERSELLE DES DROITS DE L’HOMME. Cette déclaration a été adoptée le 10 décembre 1948 par l’assemblée générale des Nations Unies à Paris. Son article 26 stipule que « Toute personne a droit à l’éducation ». En plus de l’aspect international, la constitution de la plupart des pays consacre l’éducation comme droit fondamental à tous ses citoyens. Selon
l’article 9 et 10 de la constitution ivoirienne, toutes personnes à droit à l’éducation, à la formation professionnelle et l’école est obligatoire.

Concernant la santé, plusieurs travaux montrent l’impact positif de l’éducation sur elle. Selon Ross et Mirowsky (1999) l’éducation a une grande influence sur le niveau de santé des individus quelque soit leur niveau de revenu parce que les personnes éduquées ont tendance à fréquenter les centres de santé à l’opposé des personnes non éduquées. Pour Grossman & Kaestner (1997), les individus éduqués sont des “producteurs de santé”. C’est-à-dire qu’ils adoptent un mode de vie sain car ils savent que certains comportements ont des répercussions sur l’état de santé. L’éducation permet donc aux individus de comprendre leurs bilans de santé, de mieux échanger avec les professionnels de la santé et elle influence le niveau de santé des enfants des parents éduqués (rappel des vaccins, éviter les comportements à risques, …). C’est le cas du Kenya où les réformes éducatives ont fait progresser le niveau d’instruction des femmes d’environ 2 années et réduire la mortalité maternelle de 34%. Un article de l’Unesco affirme que, l’éducation a le pouvoir de réduire la mortalité infantile. Selon leurs estimations, la vie de 2,1 millions d’enfants de moins de 5 ans ont été sauvés entre 1990 et 2009 grâce aux progrès réalisés en matière d’éducation des filles. (UNESCO 2013, Rapport mondial de suivi sur l’Éducation pour tous).

Le développement étant le changement structurel des sociétés au niveau économique, industriel, sanitaire et social est fortement impacté par le capital humain. L’éducation contribue activement au développement à travers la formation du capital humain. Selon la théorie du capital humain, une population éduquée et en bonne santé est une précondition à une croissance économique soutenue et durable. La productivité d’un travailleur qualifié est supérieure à celle d’un travailleur non qualifié. La main-d’œuvre éduquée a un effet sur la croissance économique (elle facilite l’absorption de la technologie provenant des pays plus avancés (Barro, 2002)), l’innovation technologique et attire les investissements directs et étrangers. Pour N. Birdsall (1995), le miracle asiatique a été possible grâce à une offre d’éducation de qualité et une politique d’accroissement de la demande de travail. Cette combinaison a permis l’accroissement du PIB (croissance économique), la réduction de la pauvreté et des inégalités
de revenus.

L’éducation permet aussi de réduire la pauvreté en augmentant le revenu des personnes éduquées. Une étude de la Banque Mondiale atteste que les pays en développement ont pu lutter contre la pauvreté grâce à l’éducation (Banque mondiale, 1995). Cela s’explique par le fait que les travailleurs instruits ont plus de chances d’être employés que les actifs non instruits. Le fait d’obtenir un emploi implique une augmentation du revenu qui est source de réduction de la pauvreté. Les personnes instruites sont plus aptes à obtenir des emplois durables avec de bonnes conditions de travail. En Tanzanie, 82% des travailleurs qui n’ont pas terminé le cycle primaire vivent en dessous du seuil de pauvreté. Le risque qu’un actif qui a terminé le niveau primaire soit pauvre est de moins de 20%. Plus le niveau d’étude est élevé, plus le risque d’être pauvre diminue. (UNESCO 2013, Rapport mondial de suivi sur l’Éducation pour tous).

La croissance économique, le développement et la réduction de la pauvreté des pays d’Asie de l’Est par rapport à ceux de l’Afrique subsaharienne sont expliqués en partie par le fait qu’en 1965, les adultes d’Asie avaient passé environ 3 années en moyenne à l’école de plus que ceux de l’Afrique Subsaharienne. Dans les 45 années qui ont suivi, le revenu moyen par habitant des pays d’Asie de l’est évoluait de 3,4% annuellement en moyenne tandis qu’en Afrique Subsaharienne il a assisté à une croissance 0,8%. Cet écart est principalement dû à la différence entre les niveaux d’instruction.

L’éducation à contribuer à la construction et à l’émergence de l’Etat-Nation dans certains pays européens vers la fin du XVIIIe siècle. Cela a été possible grâce au rôle unificateur et bâtisseur d’identité nationale de l’école. L’école participe à la plus grande cohésion sociale parce qu’elle permet d’unir des personnes malgré leurs différences de couleurs, de cultures et de religions tout en inculquant les valeurs citoyennes de la république. L’éducation a permis au pays du Maghreb d’aboutir à un Etat-Nation dans les années 60 et 70. Selon le pédagogue Philippe Meirieu, l’école est par excellence le lieu où l’homme apprend à remplacer la violence par le débat. Plusieurs recherches attestent qu’il y a une corrélation positive entre le niveau d’éducation et le niveau de démocratie, de tolérance. Le cas des pays d’Afrique Subsaharienne atteste que les risques de conflit sont deux fois plus élevés dans les zones où les inégalités dans l’enseignement supérieur sont plus fortes. (UNESCO, l’éducation transforme nos existences, 2013). Selon l’UNESCO, le niveau d’étude influence positivement le soutien d’un individu à la démocratie. Ainsi, les citoyens adultes qui ont achevé leur cycle primaire sont 1,5 fois plus susceptibles de soutenir la démocratie et ceux ayant le niveau d’étude secondaire sont 3 fois plus susceptibles de soutenir la démocratie par rapport à ceux qui n’ont pas fait d’études. (UNESCO, l’éducation transforme nos existences, 2013).

Au niveau de l’environnement, l’éducation permet aux individus d’être plus soucieux de la préservation de l’environnement. Cela s’explique par le fait qu’elle influence les comportements, les modes de vie, l’utilisation des ressources telle que l’eau, l’énergie et la capacité à recycler les déchets ménagers. Avec le changement climatique dont souffrent déjà les populations des pays pauvres, l’éducation peut leur permettre de faire face à ce changement en s’adaptant à ses effets. En Ethiopie, les cultivateurs qui ont achevé le niveau primaire ont plus de 20% de chance de faire face au changement climatique à travers l’adoption des nouvelles techniques de conservation des sols et l’adaptation aux nouveaux calendriers agricoles. (UNESCO, l’éducation transforme nos existences, 2013)

Nous venons de parcourir de manière succincte les avantages de l’éducation sur la vie d’une personne et ses externalités positives sur la croissance économique, le développement, la réduction de la pauvreté, la santé, la cohésion sociale et l’environnement. L’éducation apparaît donc comme le socle de tout développement économique, social et environnemental. Il est donc nécessaire d’investir massivement dans l’éducation des enfants et des jeunes parce que l’éducation est une panacée aux problèmes de société. Ces investissements doivent se faire au niveau de la puissance publique et au niveau de chaque individu.
Dans notre prochain article de cette rubrique, nous allons expliquer en long et en large le lien entre l’éducation et la croissance économique, le développement, la réduction de la pauvreté.

ANNEXE

INFOGRAPHIE UNESCO

Infographie UNESCO

BIBLIOGRAPHIE

IRD (2006), Défis du développement en Afrique subsaharienne L’éducation en jeu.

Nolwen Henaff (2006), Education et développement. Regard critique sur l’apport de la recherche en économie. In : Pilon Marc (ed.). Défis du développement en Afrique subsaharienne : l’éducation en jeu. Nogent-sur-Marne : CEPED, 67-93. (Rencontres – CEPED). ISBN 2-87762-153-7

Thibaut Lauwerier (2017), l’éducation au service du développement. La vision de la banque mondiale, de l’OCDE et de l’Unesco.  ISSN 1660-7147.

UNESCO (2013), le Rapport mondial de suivi sur l’Éducation pour tous. Première édition en 2013, Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture 7, place de Fontenoy 75352 Paris 07 SP – France

NABEHE SORO ©

2 commentaires sur « POURQUOI DEVRIONS-NOUS INVESTIR DANS L’EDUCATION ? »

    1. La catégorie la plus optimale pour atteindre les objectifs de paix, croissance, santé, environnement… est l’enseignement supérieur. Parce qu’il est prouvé que plus le niveau d’étude des citoyens est élevé, les indicateurs tels que, le niveau de développement, de préservation de l’environnement, la réduction de la pauvreté… augmentent.
      Mais pour nos états Africains qui ont des taux d’alphabétisation de 50%, il est urgent d’investir massivement dans l’éducation primaire, secondaire et technique.

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